Les abris à papillons ont vu le jour au cours d’un été bien particulier : sec, chaud, implacable. À cette époque, Pierrette avait déjà aménagé tout un jardin de campagne : lavande, marjolaine, verveine, cardère. Les fleurs étaient magnifiques. Les papillons venaient se nourrir, tournaient en rond, puis repartaient. Ils ne se posaient jamais. Ils ne restaient jamais.
« J’ai commencé à les observer attentivement. Pas seulement à y jeter un coup d’œil — à les observer vraiment. Où allaient-ils après s’être nourris ? Que faisaient-ils ? Et j’ai remarqué qu’ils revenaient sans cesse vers un coin du mur, là où se trouvait une tache humide de mousse et un peu de terre sableuse provenant de l’endroit où j’avais posé des dalles. Ils s’y posaient, y restaient. Sans se nourrir. Juste… pour absorber. »
Cette tache humide de terre sableuse leur apportait quelque chose que les fleurs ne pouvaient pas leur fournir : des minéraux. Du sodium, du potassium, du calcium — des sels dont les papillons ont besoin pour se reproduire et voler, et qu’ils ne peuvent pas trouver uniquement dans le nectar. Ce comportement porte un nom : le « puddling ». Et dans un jardin bien entretenu, avec des surfaces pavées et des parterres sans mauvaises herbes, il n’y a plus aucun endroit où ils puissent le pratiquer.
« Je leur avais offert un festin et j’avais oublié qu’ils avaient aussi besoin de boire. Et pas n’importe quoi. »